Viktor Orbán, un Premier ministre controversé dont le règne dure depuis 2010
Viktor Orbán, défenseur de « l’Illibéralisme », tel que l’on pourrait dresser le portrait actuellement, serait différent de celui qui a lutté contre le régime communiste. Ce serait presque oublier son discours prononcé le 16 juin 1989 sur la place des Héros à Budapest, où ce dernier exigeait des élections libres et le départ des troupes soviétiques. Il est aussi à l’origine du déplacement du FIDESZ sur l’échiquier politique hongrois. Parti d’un libéralisme et situé au centre-gauche en 1988, le positionnement à droite vers du conservatisme s’est effectué à partir des années 90 pour adopter des positions de droite radicales à partir des années 2010.

Viktor Orbán lors d’un discours prononcé pour la cérémonie d’inauguration de la Citadelle rénovée de Budapest le 5 avril 2026 © kormany.hu
D’abord dans l’opposition, le FIDESZ est arrivé au pouvoir en sa victoire lors des législatives de 2010. Le parti n’est jamais sorti vraiment affaibli et a toujours conservé la première place lors de chaque élection, même s’il y a eu des reculs (comme par exemple en 2014). La défaite la plus cuisante qu’a connu Orbán a eu lieu lors des municipales de 2019. L’opposition (incluant même l’extrême-droite) s’était unie et avait repris Budapest et le FIDESZ n’a conservé que 13 des 23 plus grandes villes du pays. Mais cette dernière n’a jamais vraiment réussi à le déstabiliser, que ce soit au niveau national et européen. Le meilleur exemple a été lors des législatives de 2022 où la coalition d’opposition Unis pour la Hongrie menée par Péter Márki-Zay a été largement battue (avec 34,44% contre 54,13%) dans un contexte marqué par le Covid-19 et la guerre en Ukraine.
Le Fidesz, parti national-conservateur et eurosceptique fondé en 1988.

Péter Magyar, l’homme du renouveau hongrois
Ces élections ont vu la victoire sans conteste des libéraux-conservateurs de TISZA menés par Péter Magyar. C’est aussi avec le taux de participation le plus fort (78%) depuis la chute du communisme et dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, l’ingérence russe ainsi qu’une opposition anti-Orbán montante que s’est jouée cette élection importante. Avec un score de 52,10%, l’opposition se retrouve au gouvernement avec 136 sièges (la majorité absolue), mais surtout les 2/3 de la majorité qualifiée. Cette majorité qualifiée est d’autant plus importante et symbolique qu’elle va lui permettre de pouvoir réviser seule la constitution ou procéder à la nomination des dirigeants des principales institutions (dont l’autocrate Orbán aura mis ses soutiens). On peut même parler de vague bleue avec la capitale Budapest gagnée intégralement par TISZA. C’est une défaite cuisante pour le FIDESZ et Orbán avec 39,56% des voix. C’est même le score le plus bas pour la formation national-conservatrice depuis 2010, qui se retrouve avec seulement 56 sièges (un recul de 79 sièges).

TISZA, parti récent fondé en 2020 avec un bon score lors des européennes de 2024 (une deuxième place). Ce score a permis de les placer comme le rival principal du FIDESZ.
Dans un parlement phagocyté par les deux formations principales, une troisième est présente avec six sièges. Il s’agit de la formation d’extrême droite du Mouvement Notre patrie (5,72%). Cette formation comporte des éléments néonazis et est issue d’une scission du Jobbik (lors de sa normalisation à partir de 2018). La gauche est totalement absente de ce parlement, tout comme les libéraux de Momentum ainsi que. On pourrait même parler de bipartisme au vu du parlement actuel. Néanmoins, il y a des explications à cela. L’opposition (les socialistes hongrois, les libéraux…) s’est rangée derrière TISZA et n’a pas présenté de candidats. De même, le Jobbik a eu des soucis d’inéligibilité. Seule la Coalition démocratique (DK) a décidé d’y aller tout, comme le parti satirique du MKKP, mais avec des résultats désastreux et une perte totale de sièges. D’ailleurs, la leader de DK, Dobrev Klára, a démissionné dans la foulée et a parlé d’une « sorte d’adieu » et non d’une attente de résultats prévue par le parti.

Carte électorale de ces législatives
Péter Magyar, avant d’être le leader de TISZA, est un pur produit de son ancienne formation politique du FIDESZ, mais surtout un ancien disciple de Orbán. Venant d’une famille influente dans le milieu de la politique hongroise, ce dernier a intégré le cabinet du Premier ministre en 2015 après avoir été fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères après la victoire de 2010. Son départ s’est fait en 2024 avec une évolution de l’homme politique hongrois critique de toutes les dérives autoritaires du régime Orbán. On peut citer comme exemples le scandale de la grâce présidentielle de Katalin Novák ou le scandale de corruption Schadl-Völner dans l’année 2024 où ce dernier s’est montré très critique et a même divulgué un enregistrement de son ex-femme Varga portant sur cette dernière affaire (ancienne ministre de la justice). Le FIDESZ, sentant que ce dernier représente un danger, aura tenté de le discréditer au maximum, mais sans succès.
Péter Magyar, l’ancien membre du FIDESZ, qui devient Premier ministre.
Péter Magyar © europarl.europa.eu

Quel avenir européen pour la Hongrie ?
On ne peut pas dire que les relations étaient au beau fixe entre l’UE et le pays ces dernières années. Sur le dossier ukrainien, le Premier ministre hongrois sortant aura donné du fil à retordre avec une politique orientée pro-russe. On peut dire que Budapest a usé de chantage pour ne pas favoriser l’aide à l’Ukraine (d’où sa position en faveur de la Russie). Le dernier exemple concerne le prêt de 90 milliards d’euros à destination de l’Ukraine, dont celui-ci a émis son véto. Il aura été, même d’une certaine façon, le leader de beaucoup d’eurosceptiques européens et s’est fait des alliés, que ce soit des dirigeants ou des partis politiques (en l’occurrence le Rassemblement national). Néanmoins, des désaccords ont eu lieu entre l’ECR mené par Meloni et lui (alors que ce dernier avait l’ambition de prendre les rênes d’un groupe européen rassemblant la droite radicale et l’extrême-droite). L’éloignement le plus clair aura été la sortie du FIDESZ du PPE, non sans rapport avec ses prises de positions eurosceptiques fortes.
La victoire du camp pro-européen de Péter Magyar est une bonne nouvelle pour l’Europe et l’OTAN. Ce dernier a annoncé le renouement du dialogue avec Bruxelles et de remettre la Hongrie dans sa place européenne, comme l’a montré son discours victorieux devant des milliers de hongrois en liesse. D’autant plus, le pays se retrouve avec plus de 30 milliards d’euros gelés, mais qui seraient rapidement débloqués (et nécessaires pour l’économie du pays) avec le résultat de ces élections. Le leader de TISZA aura fort à faire pour lutter contre la corruption endémique et à tous les niveaux mise en place par Orbán, ainsi que l’influence russe de loin non négligeable. Néanmoins, des divergences peuvent avoir lieu sur les questions migratoires, par exemple, ou ce dernier adopte une position plus conservatrice. Même sur le cas du soutien à l’Ukraine, ce dernier, bien que pro-ukrainien, s’oppose à une intervention militaire en Ukraine et à une adhésion rapide de ces derniers. Cela n’est pas qu’une défaite pour Poutine, mais l’est aussi pour Trump dont le soutien a été affirmé au Président sortant.
Péter Magyar est entré en fonction le 9 mai 2026, date plus que symbolique de la Journée de l’Europe.
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