Une division politique déjà présente sur fond de loi controversée
Si ces législatives apportent leur lot de divisions dans un pays au bord de l’implosion politiquement, la dernière loi votée n’a pas calmé ces tensions. Cette loi sur « l’influence étrangère », qui rappelle fortement la loi sur « les agents de l’étranger » qui avait été votée en Russie en 2012, a été voté grâce à un parlement avec une majorité constituée du parti Rêve Géorgien. Cette loi controversée fait nourrir des craintes et le boycott de l’opposition n’a pas influé sur la décision de RG. La présidente pro-européenne Salomé Zourabichvili, qui était contre et espérait mettre son veto, l’a vu annuler sur cette loi.
Ceux qui se sont opposés à cette loi ne sont réunis par dizaine de milliers. Cette crainte au niveau de la population l’est tout autant au niveau politique. Les partis d’opposition craignent une réduction au silence là où le parti au pouvoir ferait basculer la Géorgie vers un régime autocratique. Cela est d’autant plus frappant quand on sait que Rêve géorgien a changé progressivement ses positions pro-européennes du début pour se retrouver avec des positions pro-russes, avec des critiques virulentes contre l’Occident.
Une nouvelle victoire pour Rêve géorgien
Le parti pro-russe Rêve géorgien a gagné ces élections en conservant sa majorité absolue. C’est la quatrième élection de suite que le parti l’emporte et ce n’est pas la perte d’un siège qui a mis fin à cette hégémonie politique. Néanmoins, ces résultats font l’objet de possibles fraudes, avec une mise en difficulté du processus électoral.
Pour l’opposition pro-européenne qui fait plus de 30 %, le résultat est divers suivant les formations. Le principal parti d’opposition, Mouvement national uni, subit un échec et un recul important de sièges au niveau de sa coalition (en perdant plus de la moitié des sièges, soit 23 sièges sur 39). Dans le cas contraire, une des autres coalitions pro-européenne, Coalition pour le changement, est passée devant l’UNM. C’est aussi une remise en cause pour celui qui dirigera l’opposition, et dans ce cas le leadership de l’UNM est remis en cause. C’est aussi un échec pour la dirigeante Tina Bokuchava, opposante la plus virulente face au Rêve Géorgien.
Les manifestations menées par l’opposition ne se sont pas fait attendre dès l’annonce des résultats et s’inscrivent dans ce contexte de crise politique qui traverse le pays. Le refus par la Cour constitutionnelle de Géorgie début décembre d’invalider les résultats de ces élections renforcera ces derniers dans leurs manifestations pour réclamer de nouvelles élections. L’opposition a quant à elle boycotté la session du nouveau parlement le 25 novembre en signe de protestations. La présidente Salomé Zourabichvili est aussi un soutien de l’opposition et ne manque pas de remettre en cause le résultat de ces législatives. Cette dernière, qui est en rupture avec le gouvernement depuis quelques temps (après avoir été soutenue par Rêve Géorgien lors des présidentielles), avait déposé un recours avec des groupes d’opposition mi-novembre devant la Cour constitutionnelle dans l’espoir d’annuler ces résultats.
Quel avenir pour son entrée dans l’Union européenne ?
La Géorgie se donne l’ambition d’intégrer l’UE et l’OTAN sur le long terme (la volonté d’entrer dans l’UE est inscrite dans la constitution). Même si le parti au pouvoir était plutôt sur cette perspective au début, on pourrait dire que la donne a changé au fil du temps. Le pays avait obtenu le statut de candidat en décembre 2023. Les récents événements ainsi que ces élections contestées ne vont pas dans ce sens, avec déjà un gel du processus d’adhésion par le Conseil européen (27-28 juin 2024).
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le parti au pouvoir, la population géorgienne est largement favorable à l’entrée du pays dans l’Union européenne. Le report annoncé récemment par le Premier ministre Irakli Kobakhidzé pour un report de l’ouverture des négociations en 2028 (en vue de son adhésion pour l’UE) n’a fait qu’empirer la situation vis-à-vis d’une population qui aspire à un rêve européen (nombre de drapeaux européens sont présents dans les manifestations) à contrario de son gouvernement. Les manifestations quotidiennes depuis cette décision s’accompagnent d’une répression suivie d’arrestations. L’arrestation d’un leader de l’opposition Nika Gvaramia le 4 décembre est aussi la marque d’un autoritarisme de plus en plus ancré et prôné par Irakli Kobakhidzé.
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