Maia Sandu et sa formation politique pro-européenne au pouvoir
Maia Sandu est la présidente de la Moldavie depuis le 24 décembre 2020. Ces présidentielles comme les législatives du 11 juillet 2021, ont été particulières tout en s’inscrivant dans un contexte de guerre en Ukraine avec le cas de la Transnistrie (région séparatiste à l’Est de la Moldavie) qui est encore plus d’actualité. Cela a été une victoire pour les pro-européens de Maia Sandu sur les deux scrutins. Cette dernière a gagné contre le candidat pro-russe Igor Dodon au premier tour ainsi qu’au deuxième tour. La tendance a été identique lors des législatives où son parti, Parti action et solidarité, a obtenu la majorité absolue (63 sièges sur 101 sièges).
Ces résultats ont montré un désir de changement de la population moldave de se rapprocher de l’Union européenne dans un contexte particulier. Il faut aussi rappeler que le pays était, lors de sa prise de fonction, dans une situation difficile (avec de nombreuses lacunes). A contrario, la défaite d’Igor Dodon et du Bloc des communistes et socialistes lors des législatives a été perçue comme un mauvais signal pour la Russie de Poutine.

Igor Dodon © presedinte.md
Des présidentielles particulières dans contexte de guerre en Ukraine
Avant de parler de ces élections présidentielles (20 octobre et 3 novembre), la Moldavie est frontalière de l’Ukraine. Si la guerre en Ukraine donne une certaine inquiétude à ces derniers, le cas de la Transnistrie est particulier. La Transnistrie est une région séparatiste à l’est de la Moldavie avec pour capitale Tiraspol. L’autre spécificité de cette région est la présence de militaires russes. La crainte pour l’Occident est une prise de contrôle de la Moldavie par la Russie ou l’ouverture d’un nouveau front pour l’Ukraine.

Drapeau de la Transnistrie, région séparatiste dans l’est de la Moldavie avec pour capitale Tiraspol (la deuxième ville de la Moldavie)
Maia Sandu remporte ses élections présidentielles et est réélue au deuxième tour face au candidat pro-russe Alexandr Stoianoglo avec 55,41% des voix. Néanmoins, ces élections n’auront pas été de toute tranquillité avec une ingérence russe prouvée. Même si le score du premier tour a été plus élevé qu’en 2020 (36,16%), il le sera un peu plus faible au second tour (57,72%). Parmi les candidats du premier tour, une partie étaient pro-européens mais certains étaient critiques envers Maia Sandu (comme Ion Chicu avec un report des voix au second tour contre elle) et son gouvernement, d’autant plus que les sondages donnaient un score plus élevé. Certains y ont vu même un « but personnel ». Si le score a été plus serré au niveau national, la diaspora a été au rendez-vous pour la présidente sortante. On est même face à un record, sachant que la diaspora est largement pro-européenne.

Maia Sandu © presedinte.md
Comme en 2020, celle-ci va faire face à des défis importants. Oui, des critiques ont été émises vis-à-vis de la situation économique et de la réforme judiciaire, notamment venant de la part du PSRM. Certes, la situation économique est difficile et la réforme judiciaire avance lentement, il faudrait aussi rappeler que la présidente sortante a fait face à des événements comme la pandémie, la guerre en Ukraine et la crise économique. Comme pour Igor Dodon, le candidat pro-russe du PSRM, Alexandr Stoianoglo n’en a pas dit moins et s’est prononcé contre le référendum. C’est aussi un camouflet pour Poutine qui voit peut-être la Moldavie s’éloigner de son giron d’influence. Décidément, le retour de la « Grande Russie » n’est pas pour demain quand on voit le rapprochement entre les anciennes républiques socialistes soviétiques et l’Europe.

Alexandr Stoianoglo en 2019
Comme c’est souvent le cas depuis quelques années dans certains pays, le PSRM ne reconnaît pas les résultats de la diaspora et revendique la victoire de Alexandr Stoianoglo, tout en s’appuyant sur un discours populiste. Cela est même pour Igor Dodon, leader des socialistes et soutien de son candidat perdant, qui l’a qualifiée de « présidente de la diaspora ». Il faut aussi rappeler que le pays (avant l’élection de Maia Sandu) avait de grandes lacunes avec un niveau d’inflation, de pauvreté élevé ainsi qu’un niveau de corruption endémique. Les socialistes ne sont pas exempts de tous reproches sur la gestion du pays et les critiques peuvent être faciles envers les pro-européens.
Un référendum important pour l’entrée dans l’UE
Ce référendum d’adhésion à l’Union européenne est important pour la Moldavie mais aussi pour celle qui le porte, Maia Sandu. Le « Oui » l’a emporté de justesse (50,38%) devant le « NON » (49,62%), ce qui constituerait une victoire pour la cheffe de file des pro-européens. Dans les faits, cela est beaucoup plus compliqué quand on analyse ce résultat.
Le score sur le territoire national penchait très légèrement pour le « NON ». C’est la diaspora largement pro-européenne qui a permis le renversement du résultat et cette courte victoire du « OUI ». Néanmoins, cela pourrait induire que la population moldave serait contre l’entrée dans l’UE au niveau national, or ce n’est pas le cas. Cette dernière est majoritairement en faveur de l’UE et d’une intégration européenne à l’avenir. Mais les critiques venant des autres candidats sont diverses. La partie pro-européenne des autres candidats y voit un but personnel de Maia Sandu. Pour Alexandr Stoianoglo, celui est contre le référendum et a des liens avec la Russie (avec des soutiens). Et même si celui-ci dira le contraire, sa politique est résolument pro-russe et c’est aussi le cas pour d’autres candidats comme Irina Vlah (ancienne gouverneur de la région de Gagaouzie de 2015 à 2023).
La méfiance et le non ont été plus forts en Transnistrie, ce qui s’avère logique étant donné que la population est pro-russe. La région de Gagaouzie n’est pas épargnée non plus. Une autre question a peut-être joué aussi dans ce score plus faible est, influencée par la désinformation, la question de l’intégration dans l’OTAN qui n’était pas mentionnée au niveau de ce référendum. Une partie de la population pourrait penser que le « OUI » engagerait la Moldavie dans l’OTAN. La notion de neutralité est intégrée dans la constitution moldave (article 11 de la constitution de 1994). C’est avec le Turkménistan, les deux seules ex-républiques soviétiques à avoir déclaré leur neutralité.
Quel bilan pour rEUcap vis-à-vis de ces élections et référendum ?
Ces présidentielles et ce référendum s’inscrivent dans une période d’instabilité avec la guerre en Ukraine, mais qui offre paradoxalement à ce pays un choix quant à son avenir européen. Cette victoire pour Maia Sandu n’est pas seulement une victoire pour les pro-européens moldaves, mais une victoire pour leurs alliés européens. La Russie de Poutine espérait un revers et remettre sa mainmise sur le pays avec son candidat pro-russe dans une élection qui aura vu une ingérence de la part de ces derniers.
L’intégration européenne est sur le chemin, mais Maia Sandu doit continuer de corriger les nombreuses lacunes (corruption, pauvreté, inflation…) qui sont encore présentes dans le pays le plus pauvre d’Europe.
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