Un score historique pour l’extrême-droite autrichienne
Ce dimanche 29 septembre 2024 restera un jour qui marquera la vie politique autrichienne. C’est une victoire historique qui place le FPÖ en première place (28,8%) devant les libéraux-conservateurs de l’ÖVP (26,3%). Mais cela reste le plus gros séisme de la vie politique autrichienne, tant par l’ampleur de cette première place et une défaite pour les partis traditionnels. L’extrême-droite réalise aussi par la même occasion son score le plus élevé et rappelle un autre séisme politique en lors des législatives de 1999.

Carte des résultats
Les sociaux-démocrates du SPÖ arrivent en troisième place avec un score semblable à 2019. La défaite la plus sévère est pour Karl Nehammer qui voit son parti de l’ÖVP subir un recul de plus de 10 points. Les libéraux du NEOS arrivent en quatrième position et sont aussi les gagnants de la soirée. Les verts de GRÜNEN arrivent en dernière position en s’effondrant par rapport à 2019.


Quels résultats pour les deux partis du pays ?
À noter que Vienne, la capitale fédérale, reste rouge avec la victoire du SPÖ qui améliore son score par rapport à la précédente élection. L’ÖVP n’a pas réussi à rattraper l’extrême-droite ce qui donne une certaine amertume pour ses militants, même si le retard annoncé dans les sondages a été diminué. Le SPÖ fait à peine mieux qu’en 2019, qui a vu le parti connaître son pire score depuis sa refondation. La position du Président est attendue vis-à-vis de ce résultat mais on sait déjà que celui-ci ne veut pas nommer Herbert Kickl pour former un gouvernement.
Le leader de L’ÖVP, malgré perte de siège importante, ne devrait pas être inquiété compte tenu de sa bonne campagne. Malgré une défaite sévère, Karl Nehammer sera peut-être le vainqueur secret de ces législatives avec une continuité de son mandat de Chancelier fédéral. Étant donné que la victoire du FPÖ relève plutôt de la victoire « à la Pyrrhus » avec un refus de constituer un gouvernement avec son leader par les autres partis, le leader des libéraux-conservateurs est le mieux placé par sa deuxième position pour diriger un gouvernement de coalition. La question pourrait se poser du côté du SPÖ. Mais malgré ce résultat, il n’y a pas de départ annoncé du leader Andreas Babler. Malgré une campagne courageuse, celui-ci n’a pas réussi à toucher un public plus large concernant cette social-démocratie. C’est un échec personnel mais aussi du parti là où beaucoup ne l’ont pas forcément suivi.
NEOS, l’autre gagnant de ces élections
C’est une victoire légère pour les libéraux de la leader Beate Meinl-Reisinger mais qui reste importante. En effet, même si l’objectif des dix pour cent n’a pas été atteint, ces derniers passent devant les verts. Ce résultat leur permet d’envisager une participation au gouvernement, tout en faisant bien sûr l’objet de négociations, d’autant plus que le parti s’est positionné comme la « seule force de réforme » pour la dirigeante.

Beate Meinl-Reisinger, leader des libéraux autrichiens depuis 2018 © parlament.gv.at
Ce résultat est plutôt de bonne augure pour la suite quand on se penche sur les derniers résultats régionaux. Les élections régionales de 2023 dans le Land de Salzbourg restent une catastrophe pour le parti qui a perdu tous ses sièges. Cette sortie de route très sévère pour le parti a poussé à la démission la dirigeante régionale de NEOS ainsi que de toute l’équipe dirigeante.
Le « Projet Chancelier du peuple » du leader Herbert Kickl
Son projet d’accéder à la Chancellerie pour Herbert Kickl est réussi au vu de ces résultats. D’ailleurs, celui-ci n’a pas manqué de dédier sa victoire à une figure passée Jörg Haider (ce dernier, qui a réorienté le parti vers sa position d’aujourd’hui, avait déjà provoqué un séisme politique en 1999). Sa présence au sein du gouvernement est une condition intouchable du parti pour former un gouvernement de coalition avec d’autres formations politiques. Le FPÖ a beaucoup misé son programme sur des sujets comme l’immigration, l’inflation record, les restrictions liées au Covid. La guerre en Ukraine est venue aussi s’ajouter dans cette campagne. D’ailleurs, le leader du parti a critiqué la position de l’Autriche qui ne respecterait pas sa neutralité historique.

Herbert Kickl © parlament.gv.at
On pourrait trouver des similitudes avec l’extrême-droite française du Rassemblement national (RN). En effet, son homologue autrichien a touché toutes les strates de la société au niveau du vote, avec un vote majoritaire chez les jeunes.
Quelle nouvelle politique du futur gouvernement vis-à-vis de l’UE ?
Le FPÖ n’a pas à lui seul la majorité absolue pour former un gouvernement. Des tractations vont avoir lieu pour former une coalition avec les autres partis. Néanmoins, aucune formation n’a l’intention de former un gouvernement avec l’extrême-droite, ce qui annonce une mission difficile voire quasi impossible pour Herbert Kickl. Cette position a été réitérée par les autres partis notamment les deux partis les plus importants et notamment le leader de l’ÖVP, Karl Nehammer. En effet, ce dernier refuse la présence de Herbert Kickl au sein d’un futur gouvernement si une coalition devait avoir lieu.
Ces positions eurosceptiques et son positionnement au sein du Parlement européen pourraient être aussi un frein vis-à-vis des autres partis comme dans le cas du soutien à l’Ukraine. Tous ces éléments sont importants dans le cadre de ces futures négociations. Le fossé et les divergences trop importantes qui séparent l’extrême droite de partis ouvertement pro-européens pourraient amener soit à un gouvernement minoritaire du FPÖ soit à un gouvernement de coalition regroupant les autres partis. Il faut aussi dire que le FPÖ a déjà participé à des gouvernements nationaux voire régionaux.
Quel bilan pour rEUcap vis à vis de ces élections ?
Cette victoire de l’extrême-droite autrichienne s’inscrit dans une période de forte montée des populistes de droite radicales. Même si une part des votes pour le FPÖ reste un vote d’adhésion, une autre partie reste un vote contestataire vis-à-vis de certaines thématiques. Mais ce vote d’adhésion ne progresse pas seulement en Autriche mais dans d’autres pays européens. Ce signal envoyé n’est pas bon vis-à-vis du camp pro-européen qui pourrait à long terme voir ces partis grandir pour mieux saccader cette construction européenne essentielle à l’Europe. Les national-populistes du FPÖ, comme leurs autres homologues européens, ont tendance à oublier les bienfaits de l’UE au niveau de l’Autriche comme dans les autres pays. Le résultat de ces élections est aussi une mise en garde pour les partis traditionnels tels que l’ÖVP ou le SPÖ ce qui pourrait impliquer des futures négociations compliquées entre le FPÖ et les autres partis. Le sort de l’opposition reste entre les mains des libéraux-conservateurs de Karl Nehammer.
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