Une présidence dans un contexte explosif
Depuis le 1er janvier 2026, Chypre a pris la présidence du Conseil de l’UE pour six mois. Miné par un contexte géopolitique marqué par des tensions et une remise en question de la place de l’UE, cette présidence mettra à rude épreuve le pays. La particularité aussi pour cette présidence réside dans le fait que l’île est divisée en deux, avec la partie nord occupée par la Turquie depuis 1974. Néanmoins, les dernières élections présidentielles en Chypre du Nord, avec la victoire de Tufan Erhürman, pourraient remettre le dialogue bi-communautaire sur la table.
Analyse du mois de Janvier 2026
Le Président chypriote, Nikos Christodoulides, a exposé les priorités de Chypre ce mardi 20 janvier devant les eurodéputés à Strasbourg. Le terme « d’Unité » a beaucoup été mis en avant par ce dernier face aux enjeux internationaux comme l’Ukraine ou le Moyen-Orient, d’autant plus que la sécurité de l’Europe est mise à mal et doit être revue à la hausse selon lui. Des priorités ont été affichées par Chypre et répondants à cinq piliers : la défense, la compétitivité, l’élargissement, le logement abordable et le budget. L’adhésion à l’Espace Schengen reste aussi un objectif pour Christodoulides. De même, la question chypriote et la fin de l’occupation turque concernant le nord de l’île a aussi été évoqué avec la mise en place d’un « État européen souverain unique ».

Président chypriote faisant son discours devant les eurodéputés © cyprus-presidency.consilium.europa.eu
Roberta Metsola, la Présidente du Parlement européen, a apporté son soutien à ce dernier concernant la présidence du Conseil de l’Union européenne qui est « entre de bonnes mains » et a souligné la difficulté du mandat chypriote qui débute « à un moment où l’Europe est mise à l’épreuve en matière de sécurité, de questions géopolitiques et de compétitivité ».

Conférence de presse conjointe © cyprus-presidency.consilium.europa.eu
Concernant les relations avec la Turquie, la position chypriote affirmée par le ministre des affaires étrangères, Constantinos Kombos, est plutôt dans le dialogue. Néanmoins, cela risque d’être compliqué sachant que le Président turc a refusé l’invitation d’assister à la réunion informelle du conseil en avril. De même, la question de l’occupation de la partie nord de l’île n’est pas passée auprès de Chypre du Nord qui réfute cela suite au discours du Président chypriote.
Analyse du mois de février
Une réunion informelle avec les ministres du Commerce s’est tenue sous la présidence chypriote de l’UE à Lefkosia. Les points abordés concernaient la réforme significative de l’OMC et les relations économiques UE-Chine ainsi qu’avec les principaux partenaires.
La volonté d’une relation économique équilibrée avec la Chine, basée par exemple sur le respect de la transparence et du respect des règles internationales, a été mise en avant. C’est aussi une réponse d’unité européenne face au déséquilibre croissant entre l’UE et la Chine. D’autres accords commerciaux tels que le Mercosur et Inde, ainsi que les accords futurs avec les partenaires tels que les Émirats arabes unis ou l’Australie, s’inscrivent dans une volonté de faire de l’UE un « partenaire fiable », comme l’a rappelé le Ministre de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie de la République de Chypre, Michael Damianos. C’est aussi une façon de vouloir renforcer la compétitivité de l’Europe (point évoqué par le Président chypriote en janvier lors de la présentation des priorités du mandat chypriote), surtout dans un contexte géopolitique particulier.

© cyprus-presidency.consilium.europa.eu
La question chypriote est revenue sur la table ce mardi 24 février avec une rencontre entre le Président chypriote Nikos Christodoulides et le dirigeant chypriote turc Tufan Erhurman dans la zone tampon (à la résidence officielle du représentant spécial des Nations Unies). Même s’il n’y a pas eu de résultat concret et que les deux hommes doivent se retrouver bientôt, la réunion s’est réalisée pour la première fois sans médiation internationale. Christodoulides a même réaffirmé au secrétaire général de l’ONU que la présidence chypriote du Conseil de l’UE et les prochaines élections parlementaires « n’affectent en rien » la résolution du problème chypriote. Des divergences restent présentes notamment concernant les mesures de confiance, mais des nouvelles orientations vont être données aux négociateurs pour tenter de régler cela (négociateur grec Menelaos Menelaou et sous-secrétaire d’État d’Erhurman Mehmet Dana).
Analyse du mois de mars
La vingt-sixième réunion de la conférence d’adhésion avec le Monténégro (pays candidat à l’adhésion) s’est tenue le 18 mars et a vu la clôture des négociations portant sur le chapitre 21 (réseaux transeuropéens). C’est une bonne nouvelle pour l’avancement de la candidature, d’autant plus que Marilena Raouna, la ministre chypriote déléguée aux affaires européennes, a rappelé l’importance de l’élargissement (surtout dans le contexte géopolitique actuel).

«Le Monténégro demeure l’un des candidats les plus avancés dans le processus d’élargissement et les progrès accomplis aujourd’hui confirment la forte dynamique de ses négociations d’adhésion, qui repose sur ses propres mérites.»
Déclaration de Marilena Raouna
© cyprus-presidency.consilium.europa.eu
Le Conseil européen du 19 mars a vu plusieurs sujets être mis sur la table : la situation au Moyen-Orient, la compétitivité de l’UE et le coût de l’énergie (évoqué par le Président chypriote Nikos Christodoulides). En effet, la géopolitique au Moyen-Orient actuelle, avec la guerre en Iran, n’est pas sans conséquence pour l’UE comme le rappelle le Président Chypriote. Cela a même fait l’objet de débat au sein du groupe européen du PPE.
Analyse du mois d’avril
Un premier bilan a été dressé par Mme Marilena Raouna, la Ministre déléguée aux affaires européennes de la République de Chypre. Cette dernière a fait un retour sur les résultats et a démontré que ces résultats sont le fruit d’un travail intensif réalisé pendant deux ans avant la présidence actuelle. La question géopolitique au Moyen-Orient est beaucoup traitée avec tous les problèmes liés à la sécurité maritime. C’est aussi un moyen de rappeler que l’autonomie stratégique de l’Union doit être renforcée dans les domaines de la défense, de l’économie et de l’énergie. Mme Marilena Raouna est aussi revenue sur les réalisations effectuées durant ce premier trimestre et qui s’inscrivent dans les piliers définis pour la présidence chypriote.

«La vision de la présidence chypriote, reflétée dans sa devise «Une Union autonome et ouverte sur le monde», s’est avérée non seulement opportune, mais aussi essentielle pour l’UE dans le contexte actuel.»
Déclaration de Mme Marilena Raouna, Ministre déléguée aux affaires européennes de la République de Chypre
© cyprus-presidency.consilium.europa.eu
D’ailleurs, cette dernière a participé à la session plénière du Parlement européen à Strasbourg (27 au 30 avril) et est même intervenue. Elle a rappelé que la situation géopolitique au Moyen-Orient avec la Guerre en Iran affectait les intérêts et la sécurité de l’UE. La crise des prix de l’énergie en est l’une des conséquences. Le rôle de l’UE est notamment important, d’autant plus que la solution à deux États est mise en mal avec le conflit Israël-Hamas (avec la situation à Gaza) et les difficultés que traverse le Liban via le Hezbollah. De même, les relations entre l’UE et l’Arménie vont se renforcer avec un sommet UE-Arménie complété par une rencontre entre le Président chypriote Christodoulides et le Premier ministre arménien Pachinian. La lutte contre l’antisémitisme (en hausse constante sur le sol européen) a aussi été un des sujets évoqués et défendus par la Ministre déléguée chypriote.
L’article 42.7 du traité de l’UE, qui contient la clause d’assistance mutuelle, a été remis sur la table par le PPE. En effet, le leader Manfred Weber a demandé une clarification des règles, notamment vis-à-vis de Chypre où l’incertitude liée au conflit au Moyen-Orient règne. La nomination d’un commissaire européen à la défense, qui est une première, est soulignée par ce dernier.
Analyse du mois de mai
Concernant le volet commercial et les relations UE-Mexique, la signature de l’accord de partenariat stratégique politique, économique et de coopération UE-Mexique (l’Accord global modernisé, AGM) et de l’accord commercial intérimaire (ACI) entre l’UE et le Mexique est autorisée après que le Conseil ait adopté deux décisions permettant cela le 11 mai. Cela s’inscrit dans une volonté de renforcer les échanges commerciaux et les investissements entre l’Europe et le Mexique. Cela pourrait aussi bénéficier au tissu industriel européen avec des exportations vers le Mexique. Michael Damianos, qui est le Ministre de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie de la République de Chypre, a affirmé aussi que l’accès à ce marché « dynamique » ne se fera pas sans la préservation des normes élevées et la protection des intérêts fondamentaux de l’UE. Ces deux accords doivent bien sûr être approuvés par le Parlement européen.

« Les décisions d’aujourd’hui marquent une étape importante pour l’UE et son partenariat de longue date avec le Mexique. En concrétisant ces accords, nous approfondissons notre coopération avec un partenaire de confiance et faisons progresser le programme plus large de l’UE visant à diversifier ses relations commerciales mondiales. »
© cyprus-presidency.consilium.europa.eu
Le processus d’intégration avance pour l’Albanie avec la huitième réunion de la Conférence d’adhésion fin mai. Le pays a atteint les objectifs concernant le groupe 1 « Les Fondements » avec tous les chapitres de négociations inclus.
« Cette étape importante franchie aujourd’hui par l’Albanie confirme la réalisation des objectifs intermédiaires pour le groupe de compétences fondamentales. Elle témoigne de l’engagement du pays à poursuivre son chemin vers l’adhésion à l’UE et marque le début d’une phase exigeante axée sur la mise en œuvre, des résultats concrets et durables. »
© cyprus-presidency.consilium.europa.eu

La Vice-ministre des Affaires européennes de la République de Chypre a aussi insisté concernant l’élargissement qui « « est une nécessité géopolitique pour l’UE et une priorité absolue pour la présidence chypriote ».
Analyse du mois de juin
Un sommet sur la stratégie européenne de l’aviation a eu lieu à Lefkosia le 14 & 15 juin. Mme Marina Hasapi qui est la secrétaire permanente du ministère des Transports, des Communications et des Travaux publics de la République de Chypre a ouvert ce sommet, ou la compétitivité européenne dans le secteur de l’aéronautique a été beaucoup mise en avant. Quatre priorités thématiques : « une réglementation plus intelligente ; la connectivité et l’accès pour toutes les régions ; le financement et l’innovation pour une aviation verte ; et des systèmes aériens résilients, sûrs et sécurisés » ont permis d’orienter les discussions tout au long de ces deux jours avec les différents acteurs présents.
L’Ukraine fait un pas de plus concernant son adhésion en ce mois. Les négociations ont débuté avec le premier cycle des « Fondements » qui concentre les valeurs et les principes fondamentaux sur lesquels repose l’UE. D’ailleurs, Marilena Raouna a relevé que cela est « une opportunité stratégique » pour le pays concernant l’élargissement.
Lors du sommet du Conseil européen qui s’est tenu les 18 et 19 juin 2026, le Président chypriote, Nikos Christodoulides, est revenu sur les réalisations de la présidence chypriote. Ses réalisations ont concerné plusieurs domaines. Parmi ces domaines prioritaires, on peut relever la question de l’élargissement avec des progrès dans les négociations d’adhésion pour l’Ukraine, de la Moldavie, de l’Albanie et du Monténégro. Le Moyen-Orient, avec l’engagement de l’UE dans un contexte particulier concernant cette région, a été (comme pour l’élargissement) l’une des priorités de la présidence chypriote. On peut aussi revenir sur le domaine économique via les relations commerciales de l’UE (signature accords UE-Mexique….). La région du Moyen-Orient n’a pas été oubliée, avec notamment une volonté de continuer de maintenir un engagement avec la région.

« C’est ce que résume notre devise – pour une Union plus autonome, ouverte sur le monde – qui s’est avérée non seulement opportune, mais de plus en plus nécessaire dans le contexte géopolitique actuel. »
© cyprus-presidency.consilium.europa.eu
Ce dernier, en plus de mettre en avant les résultats significatifs de la présidence chypriote, a tenu à remercier la vice-ministre des affaires européennes, Mme Marilena Raouna, pour son implication dans l’avancement de cette présidence chypriote de l’UE. Deux autres personnes et non des moindres, le président du Conseil européen, M. António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, ont apporté leurs salutations vis-à-vis de cette présidence.
Le sujet des incendies, avec notamment une saison 2025 record qui a vu le mécanisme de protection civile de l’UE être mis à rude épreuve, a été évoqué fin juin. Le Conseil de l’UE a adopté le 29 juin une recommandation portant sur la gestion intégrée des risques d’incendies de forêts.
La présidence chypriote s’est achevée le 30 juin 2026. Du point de vue de rEUcap, on peut dire que des résultats importants ont été obtenus dans cette volonté de répondre aux grandes priorités que s’est donnée la présidence chypriote.
Comments are closed