Une victoire du PVV en 2023 lors des législatives
Geert Wilders a réussi son pari de gagner les législatives en vue d’obtenir son poste de Premier ministre. Sa formation, non seulement arrivée première à la surprise générale, fait aussi un score historique (23,49% et 37 sièges). Ce score n’est pas anodin et s’inscrit dans une montée du populisme qui n’épargne aucun pays, y compris les Pays-Bas. D’autant plus que l’immigration a été un sujet omniprésent, le PVV en a profité pour axer sa campagne essentiellement dessus.
La coalition sortante du Premier ministre Mark Rutte subit un recul. Tous les partis, VVD, D66 et CDA et CU perdent des sièges. La chute la plus sévère reste pour les chrétiens-démocrates de la CDA qui réalise son deuxième plus mauvais score après celui de 2012. Néanmoins, cela était prévisible compte tenu de ce qu’il s’était passé précédemment lors des élections provinciales qui ont lieu la même année. Les travaillistes, au sein de la coalition avec les Verts, sont à un meilleur niveau après le crash de 2017.
Une victoire pour le leader de D66, Rob Jetten
Ces élections anticipées s’inscrivent dans le cadre d’une crise politique à la suite de la chute du cabinet Schoof provoquée par le PVV. Ces derniers sont partis (en juin 2025) après un différend vis-à-vis de la politique migratoire à appliquer. Le NSC l’a ensuite quittée le 23 août 2025. L’immigration, la santé ainsi que le logement ont été les trois thèmes les plus en vue de cette campagne.

Cartographie des résultats des législatives de 2025
C’est une victoire historique pour les libéraux-sociaux de Rob Jetten qui terminent à la première place avec 16,94 %. Cela l’est d’autant plus que c’est la première fois depuis leur première participation en 1967. Cela reste une victoire serrée alors que l’écart n’est que de 0,28 points avec le PVV (deuxième avec 16,66%) et le nombre de sièges est identique pour les deux formations (vingt-six sièges chacun). Ces derniers, annoncés victorieux au niveau des sondages pendant longtemps, sont en recul et perdent onze sièges par rapport à 2023, et c’est un pari perdu pour Geert Wilders, après avoir provoqué la chute du Gouvernement. Néanmoins, l’extrême-droite néerlandaise reste présente et le score des dernières européennes (une deuxième place et un retour fort en nombre de sièges) le rappelle, sachant que la question de l’immigration (avec la loi sur la dispersion à laquelle il s’est opposé) a été le sujet phare de sa campagne. Le vote pour les démocrates D66 a été fort dans les zones urbaines où ceux-ci sont arrivés en tête (Rotterdam, La Haye, par exemple) tandis que le PVV a fait ses plus gros scores en zones rurales, y compris dans des villes moyennes comme Maastricht.
Rob Jetten, leader des libéraux-sociaux de D66 depuis le 12 août 2023.
Ro Jetten © tweedekamer.nl

Pour les libéraux-conservateurs, c’est une troisième place due aussi à une forte plus forte de la coalition PvdA-GL (cinq sièges perdus à contrario des deux du VVD). Néanmoins, après avoir dominé la politique pendant plus de dix ans, le recul est effectif depuis 2021. Pour les travaillistes et malgré un recul sur ces législatives, les scores sont meilleurs et ces derniers reviennent après le crash de 2017. La remontée la plus notable est pour les chrétiens-démocrates de la CDA qui obtiennent 18 sièges après l’hécatombe des dernières législatives.
Une baisse de NSC et du BB au niveau national
Le Nouveau contrat social (NSC), nouveau parti fort des élections de 2023, perd toute représentation au sein du parlement néerlandais (ses vingt sièges). Fondé par Pieter Omtzigt, le parti avait réussi, sous fond de crise de confiance envers les partis politiques traditionnels, à s’imposer dans le paysage politique avant de subir la plus lourde défaite lors de ces élections. Le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB) est lui aussi en recul. S’appuyant sur le rejet du projet environnemental du gouvernement néerlandais concernant l’agriculture, ces derniers ne réitéreront pas la percée effectuée lors des sénatoriales de 2023 et sont même en recul pour ces législatives (perte de trois sièges sur les sept).

Le Nouveau contrat social, parti fondé sur l’idéologie de la démocratie-chrétienne en 2023 dont le fondateur n’est autre que Pieter Omtzigt.
Là où les partis populistes sont en recul, ce n’est pas le cas pour JA21 et Forum pour la démocratie (FvD). La droite radicale de JA21 passe de un à neuf députés, tandis que le FvD revient à un niveau proche de 2021 après des années plus compliquées. On peut aussi citer le retour d’un petit parti pro-européen 50PLUS au parlement.
Un bon signal envoyé par D66 pour le camp européen
Cette victoire des pro-européens de D66, conjuguée à la défaite de l’extrême-droite, est un bon signal envoyé pour l’Europe. Les élections législatives ou présidentielles s’inscrivent depuis quelques années dans un contexte de fort montée du populisme et les Pays-Bas n’y échappent pas à la règle. Mais cela reste peut-être un début de reflux des formations d’extrême-droite sur le continent pour Bruxelles. Comme on l’a vu sur d’autres élections, Geert Wilders a évoqué des irrégularités électorales qui ne restent que des allégations sans fondements et montre une fois de plus un certain visage du populisme.
Pour le futur Premier ministre Rob Jetten, c’est une victoire contre les populistes et ce dernier devra former une coalition de gouvernement pour la cinquième économie de l’UE. Le système politique néerlandais très particulier ne permet pas un parti de former un gouvernement à lui tout seul. La formation d’une coalition risque d’être difficile, même si ce dernier privilégie plutôt une coalition quadripartite basée sur un gouvernement d’union nationale. Ces élections ont aussi montré, d’une certaine façon, la division du pays ce qui ne facilitera pas ce dernier dans cette tâche.
Après trois mois, Rob Jetten a annoncé la formation d’un gouvernement de coalition avec deux partis de centre-droit : le VVD et la CDA. Néanmoins, avec 66 sièges, on est loin de la majorité sur les 150 membres que compte le parlement. Il est fort probable que cette coalition devra s’appuyer sur d’autres partis pour faire adopter des points clés issus de cette dernière.
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