Un système politique bosniaque hérité des accords de Dayton ?
Les accords de Dayton du 14 décembre 1995 (signés suite à la guerre de Bosnie-Herzégovine qui s’est déroulée dans le contexte de l’effondrement de l’ex-Yougoslavie) ont posé les bases de la politique bosniaque. On se retrouve face à une structure étatique unique, mais qui relève d’une certaine complexité. Deux entités ont été mises en place : la Fédération de Bosnie-Herzégovine ainsi que la République serbe de Bosnie. Le district de Brčko possède un statut neutre et autonome. Le pouvoir exécutif est assuré par une présidence collégiale d’une forme tripartite. Cette dernière est renouvelée tous les huit mois entre trois membres : un bosniaque, un croate et un serbe.

Composition ethnique de la Bosnie-Herzégovine en 1991 (faisant partie de la Yougoslavie à ce moment là)
Avant ces élections générales, la chef de gouvernement était Borjana Krišto depuis le 25 janvier 2023, tout en étant issue du HDZ-BiH. La présidence de Bosnie-Herzégovine était assurée par Denis Bećirović issu du Parti social-démocrate (SDP-BiH), parti social-démocrate situé au centre-gauche. Le SDA (bosniaque), HDZ-BiH (croate) et le SNSD (serbe) sont les trois partis principaux nationalistes et qui s’inscrivent dans une logique bosnienne de nationalisme ethnique. Le SDP-BiH reste le principal parti non nationaliste du pays. Néanmoins, des blocages institutionnels peuvent être fréquent ce qui montre aussi les limites de ce système politique.

Borjana Krišto © vijeceministara.gov.ba
Le Parti d’action démocratique (SDA), vainqueur des législatives de 2026
Ces législatives concernaient le renouvellement de la Chambre des représentants de l’Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine. Les trois partis les plus influents restent toujours présents dans le paysage politique. La droite nationaliste bosniaque du SDA du leader Bakir Izetbegović est arrivée en tête de ces élections avec 19,66% (et 254 776 voix au total). Ces derniers le sont aussi dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine avec le plus grand nombre de voix (234 667 et 30,63%). Le SNSD (centre-gauche populiste) de Milorad Dodik arrive en deuxième position avec 16,93 et une légère augmentation (plus 0,59 points). Ces derniers restent les leaders incontestables de la République serbe de Bosnie (39,14%). Le principal parti de la communauté croate, le HDZ-BiH (centre-droit à droite), est quatrième avec 7,84% (soit une très légère baisse de moins d’un point). Ces derniers, sous la houlette de Dragan Čović, sont en léger recul depuis 2018 en ce qui concerne le nombre de voix. Néanmoins, ils restent la principale force de la communauté croate dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine (13,53%).

Carte des résultats pour les législatives 2026
Des augmentations de voix ont eu lieu pour le SDP-BiH (qui finissent troisième) et le Parti pour la Bosnie-Herzégovine (SBiH), formation de centre-droit. Ces derniers ne sont pas non plus dans une logique de nationalisme ethnique et enregistrent la plus forte progression avec 3,85 points. Cela est même un excellent résultat pour les législatives, comme le fait remarquer son leader Semir Efendić. Pour d’autres partis multiethniques, cela est plutôt l’inverse. On peut noter un recul du parti multiethnique et social-libéral Notre Parti (NS), avec la perte d’un siège (sur les deux de l’ancienne législature). Ce recul, dont la responsabilité a été assumée par la leader Sabina Ćudić, se trouve corrélé avec néanmoins le meilleur résultat de son histoire au niveau local dans le canton de Tuzla (qui diffère avec le recul au niveau national). Le Front démocratique (DF) subit aussi un lourd recul avec 3,78% et la perte d’un siège. Cela reste le pire score depuis son entrée en 2014.

Sabina Ćudić © parlament.ba
Un renouvellement quasiment identique au niveau de la présidence collégiale
La présidence collégiale est de nature tripartite. Sur les trois visages issus de ces résultats, deux le sont déjà sous la dernière mandature : Denis Bećirović (SDP-BiH) et Željka Cvijanović (SNSD). Le président sortant du SDP-BiH l’a emporté contre son rival et leader du SDA, Bakir Izetbegović, avec 38,11%. Ce dernier a reconnu sa défaite, tout en mettant en avant que le SDA a obtenu un bon résultat. Cela reste une deuxième défaite après celle de 2022.

Denis Bećirović © predsjednistvobih.ba
Le HDZ-BiH revient à la Présidence collégiale après en avoir été exclu lors des élections générales de 2018. Darijana Filipović en sort gagnante avec 46,51% face à Slaven Kovačević du Front démocratique (avec 30,61%). Comme pour les législatives, le recul est net quand on voit le score de 2022 (55,80% des voix). Darijana Filipović, qui est la vice-présidente du HDZ-BiH fera son entrée pour la première fois à la présidence collégiale après avoir été membre de la Chambre des représentants depuis 2018.

Darijana Filipović © parlament.ba
Pour le membre serbe, Željka Cvijanović l’a emporté avec 55,58% face au candidat du Parti démocratique serbe, Marinko Božović (26,45% des voix). C’est un score important sachant que cette dernière l’avait déjà emportée en 2022 avec plus de 50%. C’est une figure politique de la République serbe de Bosnie en étant anciennement Présidente de la république serbe de Bosnie (19 novembre 2018 – 15 novembre 2022) ainsi que Présidente du gouvernement de la république serbe de Bosnie (12 mars 2013 – 19 novembre 2018).
Željka Cvijanović © predsjednistvobih.ba

Quelle suite à donner pour ces élections ?
Le précédent gouvernement était composé, en plus des deux partis nationalistes du SNSD et du HDZ-BiH, de quatre autres formations politiques : le Parti social-démocrate (SDP-BiH), Peuple et justice (NiP), Notre Parti (NS) et une autre formation nationaliste serbe, l’Alliance démocratique nationale (DNS). La formation du gouvernement peut être difficile. Néanmoins, des pourparlers vont avoir lieu entre le SNSD et le HDZ-BiH si on prend en compte les déclarations du leader du SNSD, Milorad Dodik. Ce n’est pas étonnant étant donné que ces deux partis étaient présents dans le gouvernement précédant de Borjana Krišto. Le leader a eu des mots durs envers les bosniaques et plus particulièrement leur approche envers la République serbe de Bosnie. La Croatie et la Serbie regardent aussi d’un certain oeil les résultats et y voient d’une certaine façon leurs intérêts via les ethnies serbes et croates présentes dans le pays.
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